Retour d’arrêt maladie : la visite de reprise n’est plus toujours obligatoire

Jusqu’ici, le retour d’un salarié après un arrêt long suivait une mécanique sans échappatoire. Même quand une visite de préreprise avait déjà tout réglé — poste vérifié, aucun aménagement nécessaire, feu vert du médecin du travail — il fallait convoquer le salarié une seconde fois pour la visite de reprise. Deux rendez-vous, souvent le même constat.
C’est ce doublon que la réglementation supprime, sous conditions. Pour vous, employeur, c’est une formalité en moins. Mais c’est aussi un nouveau réflexe : la dispense n’est jamais automatique, elle se vérifie dossier par dossier.
Notez la date de la visite de préreprise dès que le médecin du travail vous en informe, et conservez sa conclusion. Sans ces deux éléments datés, vous ne pourrez pas justifier plus tard pourquoi aucune visite de reprise n’a été organisée.
1 Une visite que vous ne déclenchez pas
La visite de préreprise s’adresse au salarié encore en arrêt, dès lors que celui-ci atteint 30 jours. Le médecin du travail l’examine avant son retour et vérifie que le poste, tel qu’il existe, reste compatible avec son état de santé. Il peut préconiser un aménagement, une transformation des tâches, un reclassement ou une formation.

L’initiative ne vous appartient pas : elle revient au salarié lui-même, au médecin du travail, au médecin traitant ou aux services médicaux de l’Assurance maladie. Une obligation vous incombe en revanche bel et bien — informer le salarié qu’il peut demander cette visite (article L. 4624-2-4 du Code du travail). Un courrier ou un mail au-delà d’un mois d’absence suffit, à condition d’en garder la trace.
Autre évolution utile : le médecin du travail vous informe désormais de l’organisation de cette visite, sauf si le salarié s’y oppose. Auparavant, il ne transmettait que ses recommandations, et uniquement avec l’accord du salarié. Vous êtes donc mieux placé pour anticiper — le contenu médical, lui, reste couvert par le secret.
2 Ce qui change depuis le 15 juin 2026
Pour les arrêts prescrits à partir de cette date, vous êtes dispensé d’organiser la visite de reprise si deux conditions sont réunies ensemble :
- La visite de préreprise a eu lieu dans les 30 jours qui précèdent la reprise effective du travail.
- Le médecin du travail a conclu qu’aucune mesure d’aménagement, d’adaptation ou de transformation du poste, ni aucun aménagement du temps de travail n’était nécessaire.
Il n’y a pas de demi-mesure : si le médecin préconise le moindre ajustement — horaires allégés, port de charges limité, une tâche retirée — la visite de reprise redevient obligatoire.
3 Quand la visite de reprise est-elle due ?
Avant de parler de dispense, encore faut-il que l’obligation existe. La visite de reprise ne concerne pas tous les retours :
| Motif de l’absence | Durée |
|---|---|
| Congé de maternité | Quelle que soit la durée |
| Maladie professionnelle | Quelle que soit la durée |
| Accident du travail | 30 jours et plus |
| Maladie ou accident non professionnel | 60 jours et plus |
Attention à ne pas vous arrêter au Code du travail : votre convention collective peut fixer des seuils plus bas, et ce sont alors ceux-là qui s’appliquent. Le réflexe vaut pour toutes les branches. Vérifiez votre texte avant de conclure qu’aucune visite n’est due.
Quand l’obligation existe, le circuit reste inchangé : dès que vous connaissez la date de fin d’arrêt, vous saisissez votre service de prévention et de santé au travail. Celui-ci organise la visite, qui doit se tenir le jour même de la reprise effective ou, au plus tard, dans les huit jours qui suivent.
4 La date qui compte est celle de la prescription
C’est le point qui piège le plus souvent. La nouvelle règle s’applique aux arrêts prescrits depuis le 15 juin 2026, et non aux reprises qui interviennent après cette date.
Un salarié dont l’arrêt a été prescrit le 2 juin et qui revient en septembre relève donc encore de l’ancien régime : la visite de reprise reste obligatoire pour lui, même si une préreprise a eu lieu la semaine précédente.
Deuxième nuance, plus pratique : la dispense ne change rien entre 30 et 60 jours d’arrêt maladie ordinaire, puisque aucune visite de reprise n’était due de toute façon. C’est au-delà de 60 jours, et pour les accidents du travail de plus de 30 jours, qu’elle vous fait réellement gagner du temps.
5 Votre marche à suivre
- Repérez les arrêts qui franchissent 30 jours. C’est le seuil qui ouvre la visite de préreprise. Un point mensuel sur les absences en cours suffit.
- Informez le salarié de son droit. Un courrier type, envoyé par mail ou par lettre, avec copie au dossier.
- Notez la date de la préreprise si elle a lieu. C’est elle qu’il faudra comparer à la date de reprise.
- À l’annonce du retour, vérifiez les trois points : date de prescription de l’arrêt, délai de 30 jours, absence d’aménagement préconisé.
- En cas de doute, saisissez le service de santé au travail. Organiser une visite qui n’était pas due ne vous coûte rien ; ne pas l’organiser alors qu’elle était obligatoire, si.
6 Trois pièges à éviter

Croire que la dispense est définitive. Même quand les conditions sont réunies, le médecin du travail, le salarié ou vous-même pouvez demander que la visite de reprise soit malgré tout organisée. Un doute sur l’état de santé, un poste réorganisé pendant l’absence : n’hésitez pas.
Oublier la convention collective. Des seuils de déclenchement plus favorables au salarié restent applicables et priment sur le Code du travail.
Se dispenser sans trace écrite. La dispense se justifie par deux éléments : la date de la visite de préreprise et la conclusion du médecin. Sans eux, vous ne pourrez rien démontrer.
7 Ce qu’il faut garder dans le dossier
- La preuve de l’information donnée au salarié sur son droit à la visite de préreprise.
- La date de l’arrêt de travail telle qu’elle figure sur la prescription.
- La date de la visite de préreprise, communiquée par le médecin du travail.
- La conclusion du médecin du travail sur la nécessité — ou non — d’un aménagement.
- La date de reprise effective, pour justifier le respect du délai de 30 jours.
La visite de reprise après arrêt et la procédure de reclassement pour inaptitude sont deux choses distinctes. Une dispense de visite de reprise ne préjuge en rien d’une éventuelle inaptitude constatée plus tard.
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